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Motion Composites: fibre entrepreneuriale et de carbone
octobre 16, 2012

Publié le 16 octobre 2012

Motion Composites: fibre entrepreneuriale et de carbone

David Gingras, vice-président de Motion Composites.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Marc Tison
Marc Tison
La Presse

Motion Composites est née de manière peu usuelle, car le matériau a été choisi avant le produit. Les fondateurs de ce manufacturier de fauteuils roulants n’avaient au départ qu’un seul objectif: concevoir et fabriquer un article en fibres de carbone. Restait à trouver lequel.

Éric Simoneau et David Gingras se connaissaient depuis l’école secondaire. Le premier a achevé ses études à HEC Montréal avec un projet sur le démarrage d’entreprise, pendant que le second terminait ses études en génie, après une technique en matériaux composites.

Ils ont associé leurs spécialités en 2004 avec la création de Motion Composites, vouée à la fabrication d’articles en fibres de carbone.

Une étude de marché leur a appris à quel produit appliquer leur science: les fauteuils roulants, plus précisément ceux destinés à la réadaptation. Il y avait peu de récents développements dans ce secteur, et les qualités de la fibre de carbone – légèreté et rigidité – s’y appliqueraient avec profit.

Il leur a fallu trois ans et demi pour mettre une première version au point, dotée d’une structure essentiellement en fibres de carbone.

Le fauteuil roulant de réadaptation doit s’ajuster dans toutes ses dimensions. Les roues arrière se règlent d’avant en arrière, ainsi qu’en hauteur. En dépit de ces variations, l’axe de pivot des roulettes antérieures doit toujours demeurer parfaitement vertical, ce qui nécessite un ajustement angulaire. Pour éviter de rompre la continuité des fibres, ces ajustements ne pouvaient se faire au moyen d’une série de trous, comme c’est la coutume avec les tubes d’aluminium. L’équipe de concepteurs de Motion Composites – ils sont maintenant quatre ingénieurs et un dessinateur – a plutôt mis au point d’ingénieux dispositifs fixés sur le cadre à l’aide de bagues de serrage.

Pour sa part, le croisillon central – deux membrures en X qui se replient en ciseau pour le rangement du fauteuil – est constitué de deux pièces en fibres de carbone parfaitement identiques, mises en opposition.

Bref, une petite révolution.

«On arrivait avec un produit novateur et ça a inquiété certaines personnes du milieu, relate David Gingras. Il a fallu prouver que le fauteuil allait répondre aux exigences.»

Protéger l’innovation

Le fauteuil roulant Helio a été lancé en juillet 2008 et a constamment été amélioré depuis. Ses innovations ont vite soulevé le problème de la propriété intellectuelle. Un agent de brevet a relevé suffisamment d’éléments novateurs et inédits pour qu’une demande de brevet soit déposée dès 2006.

«Le coeur du brevet touche la façon dont la structure de notre fauteuil est modulaire, la manière dont le collage est fait et la mécanique des ajustements», décrit David Gingras.

Alors que le brevet défend des principes et des fonctions, l’enregistrement de dessin industriel, moins coûteux, protège la forme et les aspects visuels. C’est la voie qui a été choisie pour le croisillon, dont le fonctionnement ne pouvait être breveté.

C’est en Allemagne que leur tout nouveau modèle, le Véloce, a été présenté le 9 octobre. Son cadre, son croisillon, ses protège-vêtements, son repose-pied et les montants de son dossier sont entièrement faits de fibres de carbone, pour un poids plume de 5,5 kg sans les roues arrière.

L’ouverture prochaine aux marchés étrangers demandera à l’entreprise d’élargir la portée de sa protection intellectuelle. Avec le Traité de coopération en matière de brevets (PCT), l’inventeur peut déposer une seule demande de brevet pour plusieurs pays simultanément. «Il faut choisir les pays et chacun engendre des frais, souligne David Gingras. Il faut bien cibler nos pays.»

Quand il dépose sa demande de brevet, l’inventeur dispose d’un délai maximal de cinq ans pour présenter sa requête d’examen à l’Office de la protection intellectuelle et payer la taxe afférente. Dans l’intervalle, il peut indiquer qu’un brevet est en instance. Motion Composites envisage d’étirer la «période de brevets en instance pour repousser au plus loin les frais engendrés», explique David Gingras.

La stratégie de propriété intellectuelle de Motion Composites est-elle appropriée?

UN PEU D’HISTOIRE

Fondée en 2004, Motion Composites compte 21 employés. Son fauteuil roulant Helio, lancé en 2008, a connu un succès immédiat. D’abord vendu au Québec, il est maintenant distribué dans tout le Canada. L’Ontario constitue à présent son principal marché.

«Depuis trois ans, on a doublé notre chiffre d’affaires chaque année», affirme David Gingras, cofondateur et vice-président pour la recherche et le développement.

Motion Composites prévoit bientôt aborder les marchés étrangers. «On est en négociations avec le Brésil, l’Australie, l’Allemagne pour les prochaines ententes de distribution», précise M. Gingras.

Les deux associés avaient d’abord l’intention de fabriquer l’essentiel du fauteuil dans leur petite usine de Saint-Roch-de-l’Achigan, dans la région de Lanaudière. Le moulage de pièces en fibres de carbone exige cependant de nombreuses opérations manuelles. «Pour la fabrication de 10 fauteuils par semaine, il fallait de 8 à 10 employés strictement pour le composite», indique M. Gingras.

Après un an, ils ont dû confier le moulage des pièces de carbone à un sous-traitant. L’entreprise prévoit vendre 2200 fauteuils roulants cette année.

Source :

La Presse